La colère : à quoi elle sert, et comment l’écouter
Elle explose quand vous ne l’attendez pas, ou elle ne vient jamais. La colère n’est pas un défaut de caractère : c’est le signal d’une limite franchie. Ce qu’elle vient dire, pourquoi elle déborde ou s’éteint, et comment on travaille avec elle en Gestalt-thérapie.

Il y a celles et ceux qui éclatent pour une tasse mal rangée, et qui s’en veulent pendant trois jours. Et il y a celles et ceux qui ne se mettent « jamais en colère », qui l’annoncent presque comme une qualité, et dont le corps tient des comptes à leur place : mâchoire serrée, ventre noué, fatigue qui ne passe pas.
Les deux viennent souvent du même endroit. La colère n’est pas un défaut de caractère à corriger : c’est une information. On parle beaucoup de « gérer sa colère ». En Gestalt-thérapie, on commence par autre chose : l’écouter.
La colère signale une limite franchie
La colère apparaît quand quelque chose d’important pour vous n’a pas été respecté : une limite, un besoin, une valeur, parfois la place de quelqu’un que vous aimez. Elle n’est pas là pour détruire : elle est là pour signaler, et pour vous donner l’énergie d’aller dire quelque chose.
C’est précisément sa fonction. L’École Humaniste de Gestalt, où je me suis formée, rappelle que « nos émotions nous aident à définir nos besoins dans la relation avec l’autre », et va plus loin : « l’évolution de l’humanité passe toujours par la colère. Elle est très importante sur le plan personnel, relationnel et social. » Sans colère, pas de limite posée, pas de désaccord exprimé, pas de changement demandé.
Reste que l’information est une chose, et ce qu’on en fait une autre. Une colère qui vous traverse sans que vous sachiez d’où elle vient, ou qui vous emporte au point que vous ne pouvez plus parler, ne remplit plus sa fonction. « Une émotion régulée doit avoir une intensité régulée », écrit la même école : si elle est trop forte, on perd sa capacité d’agir. Ce n’est pas la colère qui pose problème, c’est le moment où elle cesse d’être utilisable.
Pourquoi elle déborde, ou pourquoi elle s’éteint
Les deux difficultés les plus fréquentes sont inverses en apparence, et parentes en réalité.
La colère qui explose arrive rarement sur l’incident qui la déclenche. Elle est souvent le dernier étage d’une pile : des dizaines de petits agacements qu’on n’a pas dits, qu’on a trouvés « pas assez importants », et qui sortent d’un coup sur la tasse mal rangée. Ce qui frappe, ce n’est pas l’intensité de l’événement, c’est tout ce qui n’a pas été dit avant.
La colère qui ne vient jamais n’a pas disparu : elle a été mise en sourdine, parfois très tôt. Dans une famille où la colère faisait peur, ou coûtait cher, un enfant apprend vite à ne pas la montrer, puis à ne plus la sentir du tout. À l’âge adulte, cela donne des personnes agréables, arrangeantes, épuisées, qui disent oui en pensant non. C’est un des visages de la suradaptation. La colère, elle, continue d’exister : elle se retourne contre soi sous forme de rumination, de reproches intérieurs, ou de tensions dans le corps.
Entre les deux, il y a la colère qui sort de travers : l’ironie, la pique, le silence qui dure trois jours. Elle est dite sans être dite, et laisse tout le monde démuni, à commencer par vous.
La colère n’est pas le contraire du lien. C’est souvent ce qui permet de rester en relation sans se perdre.Véronique Chèze
Ce que la colère vient dire
- Une limite a été franchie
Quelqu’un est entré dans un espace qui est le vôtre : votre temps, votre corps, votre intimité, votre travail. La colère marque la frontière.
- Un besoin n’a pas été entendu
Vous avez demandé, peut-être plusieurs fois, et rien n’a bougé. La colère est ce qui reste quand la demande n’a pas suffi.
- Quelque chose vous paraît injuste
Pas seulement pour vous : la colère se lève aussi pour un proche, un collègue, un inconnu. Elle dit vos valeurs autant que vos limites.
- Vous vous êtes abandonné·e
C’est la plus discrète : une colère tournée vers soi, après avoir dit oui une fois de trop. Elle signale moins l’autre que l’accord qu’on n’aurait pas dû donner.
Comment on travaille la colère en séance
Le travail ne consiste pas à apprendre à se contenir, ni à « évacuer ». Il se fait dans un autre ordre.
Sentir plus tôt. La plupart des personnes qui explosent ne sentent rien venir : elles passent de zéro à cent. En séance, nous ralentissons et nous repérons les signaux d’avant : la chaleur dans la poitrine, la mâchoire, la respiration qui change, cette seconde où quelque chose se cabre. Plus le signal est repéré tôt, plus vous avez le choix de ce que vous en faites. C’est ce que la Gestalt appelle travailler dans l’ici et maintenant : pas raconter la dispute d’hier, mais remarquer ce qui monte pendant que vous la racontez.
Nommer le besoin. Derrière chaque colère, il y a une demande qui n’a pas trouvé ses mots. « Apprenez à mieux comprendre le ou les besoins qui se cachent derrière chacune de vos émotions », résume l’École Humaniste de Gestalt. Une colère qui trouve son besoin devient une phrase que l’autre peut entendre, au lieu d’une explosion ou d’un silence.
Expérimenter dans un cadre sûr. La séance est un endroit où l’on peut dire son désaccord sans que la relation se casse, y compris avec moi. C’est souvent là que ça se joue pour les personnes qui n’ont jamais osé : découvrir qu’un « non », ou un « là, je ne suis pas d’accord », ne fait pas s’effondrer le lien. Il n’y a aucun contact physique dans ma pratique : tout passe par la parole, l’attention et ce que le corps donne à sentir.
Y revenir plusieurs fois. Une colère ancienne ne se dénoue pas en une séance. Ce qui change, progressivement, c’est le délai : on la sent plus tôt, on la dit plus simplement, et elle a moins besoin de crier pour être prise au sérieux.
Quand la colère déborde pour de bon
Il faut le dire clairement : si votre colère vous conduit à des gestes violents envers quelqu’un ou envers vous-même, si vous avez peur de ce que vous pourriez faire, ou si des trous noirs accompagnent ces moments, parlez-en d’abord à votre médecin traitant ou à un psychiatre. La charte déontologique de la Société Française de Gestalt est explicite sur ce point : ce travail « ne se substitue pas aux prises en charge médicales nécessitées par l’état de son client ». Un accompagnement en Gestalt-thérapie peut venir ensuite, ou en parallèle, en accord avec le médecin.
En cas de danger immédiat, appelez le 15. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 h/24 si la colère se retourne contre vous.
Questions fréquentes sur la colère
Est-ce normal de ne jamais ressentir de colère ?
C’est fréquent, mais ce n’est pas le signe d’un tempérament calme : c’est en général le signe d’une colère qu’on a appris à ne plus sentir. Elle se manifeste alors autrement, par de la rumination, de l’ironie, une fatigue inexpliquée ou des tensions dans le corps. Retrouver l’accès à cette émotion fait partie du travail d’accueil des émotions, et c’est souvent soulageant.
Faut-il exprimer sa colère pour aller mieux ?
L’exprimer à tout prix et n’importe comment ne soulage pas durablement : une colère criée se rejoue souvent à l’identique la fois suivante. Ce qui change les choses, c’est de la sentir assez tôt pour pouvoir en faire une parole adressée : dire ce qui a été franchi et ce dont vous avez besoin, à la personne concernée.
Quelle différence entre colère et agressivité ?
La colère est une émotion : elle vous traverse et vous informe. L’agressivité est un comportement : ce que vous faites de cette énergie, parfois contre quelqu’un. On peut ressentir une colère intense sans être agressif, et être agressif sans ressentir sa colère. C’est précisément l’espace que le travail thérapeutique ouvre entre les deux.
En combien de temps peut-on changer sa manière de réagir ?
Il n’y a pas de délai type. Les premiers changements concernent souvent la perception : sentir la colère monter avant qu’elle ne déborde. Les manières de réagir, elles, se transforment plus lentement, à votre rythme. J’explique ce qui fait varier ce temps dans combien de temps dure une Gestalt-thérapie.
Je m’emporte surtout avec mes proches. Pourquoi ?
Parce que c’est souvent là que l’on se retient le moins, et là que les enjeux sont les plus grands. La colère la plus vive surgit rarement avec des inconnus : elle apparaît là où l’on attend d’être reconnu. C’est aussi pour cela qu’elle est un bon point d’entrée pour travailler ce qui se rejoue dans vos relations.
D’autres articles
Première séance de Gestalt-thérapie : comment ça se passe ?
Vous hésitez à franchir le pas et vous vous demandez ce qui vous attend. Voici, étape par étape, comment se déroule un premier contact et une première séance au cabinet : l’appel de 20 minutes, les 45 minutes de la séance, le cadre, et ce que vous n’aurez pas à faire.
ÉmotionsSuradaptation : quand s’adapter aux autres devient un mode survie
Vous êtes fiable, disponible, arrangeant·e… et épuisé·e. La suradaptation est un réflexe de survie qui coûte cher. Les signes qui la trahissent, ce qui se joue derrière, et comment on en sort en Gestalt-thérapie.
Premiers pasCombien de temps dure une Gestalt-thérapie ?
De quelques mois à deux ans pour la plupart des accompagnements, sans durée fixée à l’avance. Ce qui fait varier ce temps, le rythme des séances, et comment sentir que le travail arrive à sa fin.
Et si nous en parlions ?
Un premier échange permet de faire le point et de voir si nous pouvons cheminer ensemble, à Paris 12. Sans engagement.
Prendre rendez-vous

